Les vestiges de la guerre dans le métropolitain
Sommaire :
1. Historique
2. Description des systèmes d’aération
3. Les stations abris d’avant guerre
4. L’aménagement de la ligne 4
5. Les abris du personnel
6. L’abri de Villiers
7. Les débouchés en tunnel
8. Divers
1. Historique |
C’est lors de la première guerre mondiale que le métro de Paris a servi pour la première fois de refuge pour la population. Ce conflit annonçait une nouvelle menace pour les populations civiles même éloignées des fronts: le danger aérien. Les bombardements sur Paris par l’aviation et les Zeppelins ont véritablement commencé en 1916 et s’amplifièrent en 1918. Pour remédier au danger aérien le gouvernement militaire de Paris décida la mise en place de 37 stations refuges en 1916 (stations établies à une profondeur d’au moins 5 mètres).
C’est dans les années 1930 que le rôle du métropolitain comme protection pour la population s’organise et se structure, c’est la défense passive. Car l’Europe voit naitre d’importantes tensions internationales avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements fasciste ou nazi aux portes de la France. Les technologies dans les domaines de l’aviation et de l’armement ont considérablement évolué (bombes de 1000Kg, bombes incendiaires, bombes à gaz etc…) et Paris devient une cible facilement accessible. La hantise des gaz de la première guerre mondiale est toujours bien ancrée dans les consciences et constitue une menace des plus sérieuses. La défense passive n’en est encore qu’à ses débuts mais certaines entreprises sont précurseurs dans le domaine de la protection de leur personnel, comme la STCRP. L’utilisation des souterrains du métro comme abri contre les bombes et contre les gaz devient d’actualité et techniquement possible. La CMP est sollicitée en 1934 afin d’apporter son concours à la défense passive. C’est ainsi que la direction générale des travaux de Paris et la Préfecture de Police de la ville de Paris demandent en Juillet 1935 à la compagnie la réalisation d’un abri prototype étanche aux gaz. En novembre 1935 la CMP accepte et décide la réalisation de deux abris: l’un à Maison Blanche (ligne 7) et l’autre à Place des Fêtes (ligne 11).
Ces deux abris sont considérés comme des prouesses technologiques pour l’époque. Ils fonctionnent en surpression d’air. Chaque station est encadrée de portes étanches escamotables en amont et en aval en tunnel (en translation sur la ligne 11 et articulées sur la ligne 7). Les accès des stations sont équipés de plusieurs portes étanches qui se suivent pour former des sas. Les stations sont mises en surpression d’air par une chambre de filtrage, en tunnel à Maison Blanche et en station à Place des fêtes. Ces chambres aspirent l’air extérieur qui traverse une série de cuves équipées de filtres afin de purifier l’air qui peut être vicié. Cet air « propre » issu du filtrage est envoyé dans une gaine de ventilation par un ventilateur pour desservir l’ensemble de la station. Le ventilateur sert également à la mise en surpression de la station.
Suite à la réussite de ces deux abris, un projet d’équipement de lignes entières contre le gaz est lancé. C’est le programme du réseau d’exploitation réduite qui combine stations refuges contre les bombardements et des stations abris contre les gaz. Les stations refuges ont joué un rôle très important durant toute la guerre contre les bombardements sur la région Parisienne. Le nombre de stations refuges augmenta tout au long de la guerre avec 62 stations officielles, même si leur répartition reste au début inégale en fonction de la profondeur minimum imposée (moins de 6 mètres). L’occupant s’accapare également des stations réservées à ses troupes, soient 26 stations de faible profondeur.
En ce qui concerne la réalisation de plusieurs lignes équipées contre les gaz, le projet initial concerne les lignes 1, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13. Mais les travaux prirent du retard en raison du conflit. Seules les lignes 3, 4 et 7 ont été sérieusement traitées, en particulier la ligne 4 considérée comme prioritaire. Néanmoins il est possible de trouver des emplacements de chambres de filtrage ou de portes étanches sur les autres lignes. Seule la ligne 4 fut totalement terminée vers la fin de 1944. Des essais de surpression de l’ensemble de la ligne 4 ont été réalisés en Janvier 1945 donnant toute satisfaction. Cette ligne a désormais la faculté d’accueillir 100000 personnes contre les gaz grâce à 9 portes étanches, des chambres de filtrage (similaires à celle de Maison Blanche) et des groupes de ventilation. Les travaux des lignes 3 et 7 ne seront pas terminés après la guerre malgré l’importance des travaux déjà réalisés.
2. Description des systèmes d’aération |
L’air est mû par des groupes moto-ventilateurs de 36000 m3/heure dont l’énergie est fournie par le circuit d’éclairage normal (600 volts). Le système est destiné à assurer l’aération normale et en fin d’alerte ou, à la demande, l’expulsion de l’air vicié ou pollué. Le groupe moto-ventilateur est souvent associé à une chambre de filtrage.
La chambre de filtrage se compose d’une grande salle voutée de 22 m x 5,50 m; L’installation se compose d’une batterie de 7 filtres sur roulettes de 1,600m3/heure, fonctionnant sous l’action du groupe moto-ventilateur de 12 CV en 600 volts continus branché sur les circuits d’éclairage normal et protégé, ce dernier étant alimenté par les batteries des sous-station. L’équipement de commande électrique est installé sur trois tableaux en marbre. Il y a également un dispositif de récupération et de contrôle du niveau d’eau dans le système d’aération. Les chambres sont équipées d’une cuve de filtrage de secours.
Pour la protection du personnel de la compagnie, la CMP construisit des abris étanches au gaz dans les ateliers de Vaugirard, de Massy et de St Ouen et, pour la protection de la population, dans les gares de Massy-Palaiseau, Massy-Verrières et Antony. Un important poste de commandement est construit dans la boucle de Villiers, ses voies d’accès pouvant accueillir deux rames dans l’abri. Il y a également des postes de secours à Charonne, St Ouen et Vaugirard.


Entrée d’une station refuge avec un indicateur lumineux « refuge » équipé d’un abat jour. Les accès du métro seront souvent équipés de dispositifs d’occultation sur les éclairages extérieurs, les mâts, les verrières des stations aériennes, des trains sur les lignes de surface etc… par la mise en place de blackout, peinture sur les verres, abat jour, suppression de l’éclairage etc… permettant ainsi de diminuer leur visibilité aux bombardiers lors des missions de nuit. (RATP)














Exemple d’un volume réalisé dans le cadre de l’exploitation réduite. Cette pièce construite en parallèles d’un tunnel de la ligne 3 devait accueillir une chambre de filtrage. Ces volumes vides ou équipés des groupes moto-ventilateurs et de filtrage seront reconvertis en ventilateur. (Auteur)
3. Les stations abris d’avant guerre |
| 3.1. Places des Fêtes ligne 11 |


Plans de l’abri mentionnant l’emplacement des portes étanches et de la chambre de filtrage entre les quais de la 11 et de la 7.








| 3.2. Maison Blanche ligne 7 |






4. L’aménagement de la ligne 4 |








5. Les abris du personnel |







6. L’abri de Villiers |
L’ancienne boucle de la ligne 3 deviendra à partir de 1938 le poste de commandement de la Boucle de Villiers. Ce lieu permet de gérer la compagnie à l’abri de toute menace. L’abri est composé d’une multitude de salles en béton armé, d’un central téléphonique, d’une chambre de filtrage pour la mise en surpression et le traitement de l’air, d’un quai de chargement etc… Les voies d’accès à la boucle sont conservées pour le garage de deux trains à l’abri du gaz. Dans les années 1950 l’abri deviendra un centre de formation: le Centre de Perfectionnement Technique et Administratif (CPTA). Néanmoins l’installation anti gaz sera entretenue et fonctionnelle jusqu’au début des années 1970. Le cout total de l’aménagement en poste de commandement s’élèvera à 10 420 000 Francs.












7. Les débouchés en tunnel |


8. Divers |




⇒ Karodaxo / L’infrastructure du métro / Les vestiges de la guerre dans le métropolitain
Accès rapide aux chapitres de « L’infrastructure du métro » : Creusement des galeries / La fée électricité à la C.M.P. / De la ligne 2Sud à la ligne 6 / Les ateliers (vrac) / Les coulisses (vrac) / Les vestiges de la guerre dans le métropolitain / Lieux anecdotiques du métropolitain
