Les vestiges de la guerre dans le métropolitain

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Introduction

C’est lors de la première guerre mondiale que le métro de Paris a servi pour la première fois de refuge pour la population. Ce conflit annonçait une nouvelle menace pour les populations civiles même éloignées des fronts: le danger aérien. Les bombardements sur Paris par l’aviation et les Zeppelins ont véritablement commencé en 1916 et s’amplifièrent en 1918. Pour remédier au danger aérien le gouvernement militaire de Paris décida la mise en place de 37 stations refuges en 1916 (stations établies à une profondeur d’au moins 5 mètres).

C’est dans les années 1930 que le rôle du métropolitain comme protection pour la population s’organise et se structure, c’est la défense passive. Car l’Europe voit naitre d’importantes tensions internationales avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements fasciste ou nazi aux portes de la France. Les technologies dans les domaines de l’aviation et de l’armement ont considérablement évolué (bombes de 1000Kg, bombes incendiaires, bombes à gaz etc…) et Paris devient une cible facilement accessible. La hantise des gaz de la première guerre mondiale est toujours bien ancrée dans les consciences et constitue une menace des plus sérieuses. La défense passive n’en est encore qu’à ses débuts mais certaines entreprises sont précurseurs dans le domaine de la protection de leur personnel, comme la STCRP. L’utilisation des souterrains du métro comme abri contre les bombes et contre les gaz devient d’actualité et techniquement possible. La CMP est sollicitée en 1934 afin d’apporter son concours à la défense passive. C’est ainsi que la direction générale des travaux de Paris et la Préfecture de Police de la ville de Paris demandent en Juillet 1935 à la compagnie la réalisation d’un abri prototype étanche aux gaz. En novembre 1935 la CMP accepte et décide la réalisation de deux abris: l’un à Maison Blanche (ligne 7) et l’autre à Place des Fêtes (ligne 11).

Ces deux abris sont considérés comme des prouesses technologiques pour l’époque. Ils fonctionnent en surpression d’air. Chaque station est encadrée de portes étanches escamotables en amont et en aval en tunnel (en translation sur la ligne 11 et articulées sur la ligne 7). Les accès des stations sont équipés de plusieurs portes étanches qui se suivent pour former des sas. Les stations sont mises en surpression d’air par une chambre de filtrage, en tunnel à Maison Blanche et en station à Place des fêtes. Ces chambres aspirent l’air extérieur qui traverse une série de cuves équipées de filtres afin de purifier l’air qui peut être vicié. Cet air « propre » issu du filtrage est envoyé dans une gaine de ventilation par un ventilateur pour desservir l’ensemble de la station. Le ventilateur sert également à la mise en surpression de la station.

Suite à la réussite de ces deux abris, un projet d’équipement de lignes entières contre le gaz est lancé. C’est le programme du réseau d’exploitation réduite qui combine stations refuges contre les bombardements et des stations abris contre les gaz. Les stations refuges ont joué un rôle très important durant toute la guerre contre les bombardements sur la région Parisienne. Le nombre de stations refuges augmenta tout au long de la guerre avec 62 stations officielles, même si leur répartition reste au début inégale en fonction de la profondeur minimum imposée (moins de 6 mètres). L’occupant s’accapare également des stations réservées à ses troupes, soient 26 stations de faible profondeur.

En ce qui concerne la réalisation de plusieurs lignes équipées contre les gaz, le projet initial concerne les lignes 1, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13. Mais les travaux prirent du retard en raison du conflit. Seules les lignes 3, 4 et 7 ont été sérieusement traitées, en particulier la ligne 4 considérée comme prioritaire. Néanmoins il est possible de trouver des emplacements de chambres de filtrage ou de portes étanches sur les autres lignes. Seule la ligne 4 fut totalement terminée vers la fin de 1944. Des essais de surpression de l’ensemble de la ligne 4 ont été réalisés en Janvier 1945 donnant toute satisfaction. Cette ligne a désormais la faculté d’accueillir 100000 personnes contre les gaz grâce à 9 portes étanches, des chambres de filtrage (similaires à celle de Maison Blanche) et des groupes de ventilation. Les travaux des lignes 3 et 7 ne seront pas terminés après la guerre malgré l’importance des travaux déjà réalisés.

Description des systèmes d’aération

L’air est mû par des groupes moto-ventilateur de 36000 m3/heure dont l’énergie est fournie par le circuit d’éclairage normal (600 volts). Le système est destiné à assurer l’aération normale et en fin d’alerte ou, à la demande, l’expulsion de l’air vicié ou pollué. Le groupe moto ventilateur est souvent associé à une chambre de filtrage.

La chambre de filtrage se compose d’une grande salle voutée de 22 m x 5,50 m; L’installation se compose d’une batterie de 7 filtres sur roulettes de 1,600m3/heure, fonctionnant sous l’action du groupe moto ventilateur de 12 CV en 600 volts continus branché sur les circuits d’éclairage normal et protégé, ce dernier étant alimenté par les batteries des sous-station. L’équipement de commande électrique est installé sur trois tableaux en marbre. Il y a également un dispositif de récupération et de contrôle du niveau d’eau dans le système d’aération. Les chambres sont équipées d’une cuve de filtrage de secours.

Pour la protection du personnel de la compagnie, la CMP construisit des abris étanches au gaz dans les ateliers de Vaugirard, de Massy et de St Ouen et, pour la protection de la population, dans les gares de Massy-Palaiseau, Massy-Verrières et Antony. Un important poste de commandement est construit dans la boucle de Villiers, ses voies d’accès pouvant accueillir deux rames dans l’abri. Il y a également des postes de secours à Charonne, St Ouen et Vaugirard.

La station Pré saint Gervais servant d’abri refuge durant la première guerre mondial.

cEntrée d’une station refuge avec un indicateur lumineux « refuge » équipé d’un abat jour. Les accès du métro seront souvent équipés de dispositifs d’occultation sur les éclairages extérieurs, les mâts, les verrières des stations aériennes, des trains sur les lignes de surface etc… par la mise en place de blackout, peinture sur les verres, abat jour, suppression de l’éclairage etc… permettant ainsi de diminuer leur visibilité aux bombardiers lors des missions de nuit. (RATP)

fgrMât Dervaux équipé d’abat jour à la station Rue Montmartre. (R.Viollet)

DSC_5460Plaque en tôle peinte apposée aux extrémités des stations ou dans les tunnels.

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Modèle de masque à gaz français distribué à la population et aux entreprises de la région parisienne. Les masques étaient transportés dans des sacoches en tissu ou des étuis rigides en tôle.

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IMG_3943Différents plans du réseau d’exploitation réduit avec les stations abris et les stations refuges.

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0206_02boucicaut27jjQuelques plans de l’emplacement d’une chambre de filtrage sur la ligne 10.

 

Les Stations abris d’avant guerre

 

Places des fêtes ligne 11

 

IMG_3939Plans de l’abri mentionnant l’emplacement des portes étanches et de la chambre de filtrage entre les quais de la 11 et de la 7.

bVue de la station et du conduit d’aération à la voute (RATP)

 

7071  Cliché d’avant guerre montrant les portes fermées et les cales d’étanchéité en place au niveau des rails (RATP)

aSuccession des portes étanches dans les couloirs d’accès afin de créer des sas, la surpression d’air chassant l’air venant de l’extérieur. (RATP)

DEFENSE PASSIVE : FERMETURE D'UNE PORTE DE VOIE ETANCHEVerrouillage des portes par écrasement mécanique entre les portes et le tunnel afin d’obtenir une bonne étanchéité de l’ensemble. (RATP)

DSC_4968Vue d’une des portes aujourd’hui laissant apparaitre son encuvement. La porte se manœuvre en translation grâce à un montage sur glissière à la voute. (auteur)

DSC_4970Le conduit de distribution de l’air sain a été démonté en station mais est toujours présent sous tunnel. (auteur)

DSC_4383La chambre de filtrage en station n’existe plus, cet espace a fait place à des locaux techniques. Seul le support du ventilateur et la porte servant essentiellement à la manutention des cuves de filtrage depuis la ligne 7 subsistaient jusqu’en 2017 (auteur)

Daudrix81 - 1Le conduit d’aération toujours visible en station en 1981 (Daudrix)

Maison Blanche ligne 7

L7Vue des portes étanches dans un couloir d’accès. (RATP)

DEFENSE PASSIVE : SALLE DES FILTRES A AIRLa chambre de filtrage se situant dans le tunnel sud de la station, la disposition de la chambre et de son système de filtration sera repris dans les futurs projets du réseau d’exploitation réduit. (RATP)

Meyères 1967La station Maison Blanche en 1967 et sa ventilation à la voûte. (Meyères)

DSC_0583Les imposantes portes étanches au nord de la station, la fermeture s’effectue par rotation sur charnières. Ce sont les seules portes subsistantes de l’abri ; lors du prolongement vers Villejuif les portes étanches et la chambre de filtrage ont disparu à cause de la création de l’ouvrage d’embranchement (auteur)

CSC_0594Une partie de la conduite de ventilation existe toujours en tunnel. (auteur)

DSC_0571L’étonnante caisse de rangement des cales en bois permettant d’épouser les contours des rails pour assurer l’étanchéité. (auteur)

 

L’aménagement de la ligne 4

DSC_7268La porte étanche du raccord entre les lignes 4 et 12 est la seule à être encore en place sur un raccordement (auteur)

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DSC_5386Vue de la dernière chambre de filtrage de la ligne 4, elle était située non loin de la station Vavin. Cela permet d’observer les 7 cuves en batterie ainsi que le groupe moto ventilateur de 12 CV avec le carter de protection de l’hélice du ventilateur et de sa cheminée envoyant l’air sain directement dans le tunnel. (auteur)

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DSC_5582La chambre de filtrage en cours de destruction en 2011 afin de laisser place à un ventilateur moderne pour l’aération de la ligne. Au premier plan, les cartouches filtrantes des cuves. (auteur)

DSC_4375L’intégralité des accès des stations de la ligne 4 seront équipés de portes étanches similaires à celles des deux abris prototypes. Toutes les ouvertures, les baies d’aération, les galeries techniques, les postes de redressement, les puisards etc… seront soit colmatés ou équipés de portes étanches comme celle figurant sur la photo. (auteur)

halles d 1945Photo originale de Doisneau à la station les Halles ligne 4 en 1945. Cela permet d’observer les portes étanches de l’accès.

Les abris du personnel

DSC_2024Atelier de St Ouen, une porte étanche de l’abri qui sert aujourd’hui de réserve de pièces. (auteur)

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DSC_4149Atelier de Vaugirard, l’abri qui se situe sous la plaque tournante est encore assez bien conservé. Il dispose de ses portes étanches, du système d’aération et d’une cuve de filtration avec le bâti du moto ventilateur. L’accès de l’abri était assuré par une série de petites portes étanches dont la sortie a disparue. (auteur)

 

L’abri de Villiers

L’ancienne boucle de la ligne 3 deviendra à partir de 1938 le poste de commandement de la Boucle de Villiers. Ce lieu permet de gérer la compagnie à l’abri de toute menace. L’abri est composé d’une multitude de salles en béton armé, d’un central téléphonique, d’une chambre de filtrage pour la mise en surpression et le traitement de l’air, d’un quai de chargement etc… Les voies d’accès à la boucle sont conservées pour le garage de deux trains à l’abri du gaz. Dans les années 1950 l’abri deviendra un centre de formation: le Centre de Perfectionnement Technique et Administratif (CPTA). Néanmoins l’installation anti gaz sera entretenue et fonctionnelle jusqu’au début des années 1970. Le cout total de l’aménagement en poste de commandement s’élèvera à 10 420 000 Francs.

DSC_0022aL’ancien plan de l’abri avec l’emplacement des salles, l’accès piéton est situé à gauche (auteur)

MétroL’accès piéton d’origine avec des portes renforcées en cas de bombardement. Ces portes blindées d’origine sont toujours en place aujourd’hui. (RATP)

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Vue de l’accès piéton au niveau du tunnel dans les années 1950, le couloir d’accès comporte une série de portes étanches. (auteur)

DSC_4993Un aperçu des salles dans la boucle, au sol on peut encore distinguer sous le revêtement une voie étroite de 80 pour un wagonnet, elle servait à rejoindre le quai de déchargement au niveau des voies jusqu’à la chambre de filtrage pour la manutention des cuves ou des pièces lourdes. (auteur)

DSC_4982L’arrivé d’air de l’ancienne chambre de filtrage et du départ d’une conduite de ventilation. La chambre est devenue un ventilateur pour la ventilation de la boucle. (auteur)

DSC_5019La boucle est divisée en 3 zones distinctes séparées par des portes étanches. La boucle est coupée en deux (tunnel droit et gauche) et la zone des voies. La séparation entre les voies et la boucle s’effectue par une simple série de trois portes (photo) dans le tunnel droit. Le tunnel gauche est fermé par une imposante porte étanche qui épouse toute la voute. (auteur)

DSC_5030L’une des portes permettant l’isolement d’une partie de la boucle. (auteur)

DSC_5026Porte étanche du tunnel de gauche. Ce modèle de porte double s’adapte parfaitement à la voute par sa forme arrondie à l’opposé des deux abris prototypes. C’est pour cette raison que ce modèle de porte étanche double sera repris sur l’ensemble des travaux du réseau d’exploitation réduit dans les tunnels. (auteur)

DSC_5034Le quai de chargement dans la zone des voies ainsi que l’un des conduits d’aération à la voute. Ces conduits parcourent toute la boucle. (auteur)

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DSC_5044Les portes étanches doubles des voies d’accès à la boucle, la manœuvre des portes et leur verrouillage sont relativement simples. En cas de fermeture des portes un couloir parallèle au tunnel principal permet d’accéder à la zone sécurisé par une série de quatre portes, la surpression d’air chassant l’air provenant de l’extérieur. (auteur)

 

Les galeries allemandes

Plusieurs souterrains débouchant dans les tunnels et les couloirs du métro avaient été réalisés par l’occupant début 1944 et reliaient des casernes et des hôtels. Ces galeries de 2 mètres de large étaient maçonnées et obturés côté métro par des portes métalliques. Cette galerie reliait l’Hôtel Moderne. (Auteur)

Vue d’Aout 1944 du raccordement de République côté ligne 5 barricadé par les allemands. (RATP)

Divers

DEFENSE PASSIVE : FILTRE A AIR

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Photos certainement prises à l’usine de rechargement et de régénération des filtres et des pièces de rechange. Cela permet d’observer un étage d’une cuve filtrante et une cuve seule sur roulettes. (RATP)

ppp 020Affiche en papier pour les troupes de libération afin de prévenir des risques électriques liés aux voies. 2014 (auteur)

hCliché montrant l’une de ces affiches en station après la guerre (Keystone)

 

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