Porteur Decauville

Cette page décrit les premières réalisations du chemin de fer portatif par Paul Decauville à la ferme de Petit Bourg en Seine et Oise. Wagonnets porteurs types 1 à 4 et la voie portative de première génération.

DSC_3132Illustration des différentes utilisations des porteurs Decauville à l’établissement agricole et industriel de Petit Bourg

Le Porteur

Porteur type 1 (extrait du catalogue Decauville d’Août 1883)

« Le wagonnet agricole « type 1 » est construit en fer double I de 12 centimètres de hauteur, donnant assez de poids pour éviter les déraillements si fréquents dans un aussi petit matériel quand il est trop léger. Les roues en fonte durcie sont folles autour d’un essieu en fer sur lequel sont rivés les deux longerons. Le graissage se fait à l’huile de résine par un petit trou ménagé dans le moyeu. Deux plaques de tôle assemblées à chaque bout par une cornière sont à leur tour rivées sur les longerons et servent de plate forme, en même temps qu’elles préservent les roues des poussières ou des boues qui peuvent tomber des civières. Le milieu de la plate forme est à jour, et cette disposition empêche les matériaux transportés, et surtout quand il s’agit de betteraves, de déposer une couche trop épaisse de terre nuisible à l’assiette de la civière. La barre d’attelage est formée par une barre de fer dont un bout est percé d’un trou et l’autre bout se termine par un fort crochet. Cette barre est tirée sur les essieux par deux boulons, et le crochet est complétement préservé des chocs par le bout des longerons, qu’il ne dépasse pas, l’autre bout dépasse au contraire de 20 centimètres, et l’accrochage d’un porteur à l’autre se fait en soulevant le bout percé sur le crochet du porteur précédent. Chaque Porteur à la voie de 40 pèse 47 kilos.

Cette construction solide et économique peut porter des charges de 5 à 600 kilos, mais l’expérience a démontré qu’avec ces charges l’usure des essieux fixes était trop rapide. Ce type de Porteur a donc été réserve aux travaux agricoles et forestiers, pour porter des charges de 250 kilos. Un nouveau type avec des essieux mobiles en acier et crapaudines en acier a été crée en 1882 et s’appelle le type 2. Nous recommandons ce type de préférence au précédent, car le roulage est plus doux et il y a une usure beaucoup moins grande des essieux. »

 

Le type 1 a été mis au point vers 1875-1876 à la ferme de Petit Bourg, ce wagonnet à essieux fixes disparait des catalogues au milieu des années 1880. Les types 1 a des roues de 200 mm en fonte trempée. Il existe en voies de 40 et de 50.

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DSC_3774 P1120438Vues générales d’un type 1, les trous correspondent aux différents accessoires qui pouvaient être montés sur le Porteur.

Les variantes

Caisse à bascule (extrait de la Mécanique agricole de Mars 1877)

« La caisse à bascule, qui peut décharger d’un seul coup tout son contenu. Cette caisse est construite en tôle de 2 à 3 millimètres raidie par des cornières, elle s’adapte sur le porteur au moyen de huit boulons, dont les trous sont ménagés à l’avance sur les longerons, de façon qu’elle puisse vider en côté ou en bout à volonté. Un mécanisme simple fait basculer la caisse en même temps qu’il ouvre la porte, et lorsque le wagonnet est vide , il suffit de relever la caisse et le même mécanisme ferme la porte en même temps que le crochet retient la bascule de la caisse. De tampons en bois ont été ajoutés à l’origine au bout des longerons, de façon que les caisses ne se touchent pas par le haut. Mais depuis peu de temps les tampons en bois qui ne répondaient par au reste à la solidité du matériel tout en fer, ont été remplacés par un tampon central formé d’une bande en fer plat allant d’un longeron à l’autre. La capacité de la caisse est d’un cinquième de mètre cube, par conséquent égale à quatre brouettes de terrassement. »

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Porteur à ranchers.

« Lorsqu’il s’agit de débarder des bois dans les forêts, on munit le porteur de quatre ranchers qui s’adaptent dans des chapes boulonnées aux extrémités des longerons dans des trous qui sont ménagés à l’avance. On peut mettre sur la plate forme un demi stère de bois de chauffage. L’emploi du porteur avec ranchers est particulièrement avantageux pour le débardage des foins dans les prairie irriguées, car la récolte à enlever est suivie d’une autres récolte, il emporte d’éviter l’action destructive des voitures trop chargées. »

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Type 2.

Produit à partir de 1882 ce wagonnet porteur dispose d’un châssis similaire au premier modèle mais perfectionné avec des essieux mobiles en acier sur des roues de 200 mm en fonte trempée. Les essieux sont montés sur des crapaudines en acier avec réservoir d’huile.

Vue d’un type 2, le verrouillage des roues sur les essieux est assuré par de simple goupilles. Ce wagon est visible au Chemin de fer touristique de Semur en Vallon dans le « musée Decauville ».

 

Type 3.

« Wagonnet porteur à fourche pivotante pour débarder des pièces de bois de toute longueur, on fait porter chaque bout sur un porteur muni d’une fourche pivotante en fer forgé, dont un côté mobile s’enlève pour opérer le chargement. On peut transporter de cette façon des arbres de 20 mètres de longueur, et la fourche étant à pivot, le train passe facilement dans les courbes les plus prononcées. »

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Type 4.

Wagonnet Porteur type 4 plateau pour le service des ateliers ou de magasins. Wagonnet avec crapaudines en acier monté sur roues de 200 mm en fonte trempée, plate forme en tôle ou est recouverte d’un plancher en bois suivant la nature des produits à transporter. Le plateau est d’une longueur de 600 mm avec des barres d’appuis aux deux bouts.

Porteur type 4C _ Le même ayant une plate forme de 800 mm de long.

Type 4D_Le même ayant une plate forme de 1000 mm de long.

Type 4E _ Le même ayant une plate forme de 1200 mm de long.

Ils existent en voies de 40, 50 et 60.

DSC_3114Porteur type 4.

La civières

Lorsque la charge à transporter est éparpillée sur toute la surface du sol, comme dans la récolte des betteraves ou des pommes de terre, l’emploi du porteur avec civière est très économique, il en est de même pour le marnage des terres ou dans l’épandage des fumiers et des gadoues qu’il faut prendre en bordure des champs pour les éparpiller sur tout le sol. Les civières destinées à ces transports sont construites à claire voie en fer plat et rond, dont l’assemblage produit une grande solidité. Elles ne pèsent que 18 Kilos, compris les brancards, et peuvent contenir 120 à 150 kilos de betteraves. Chaque Porteur reçoit une civière qui est facilement transportable par deux hommes.

Il existe également une civière en tôle pour le transport de la marne.

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DSC_3117Les différents modèles de civières

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La voie

 

DSC_3127 - CopieÉchantillonnage des éléments de voie au début des années 1880.

La voie du Porteur se compose de travées de 5 mètres en rail de 4,5 kg par mètre linéaire. Fabriquée par le Creusot, elle eut un tel succès que un laminoir spécial devait lui être réservé. Le rail est étudié avec le même soin que les gros rails des compagnies de chemins de fer et arrive, par conséquent, à la plus grande résistance que puisse obtenir le fer travaillé. Cette voie sortait de l’usine du Creusot avec la marque imprimée dans le métal « Porteur Decauville ». La voie de 40 centimètres a été conçue comme étant la plus rigide et en même temps la plus portative. Elle peut se porter par travées de 5 mètres, dont le poids est de 47 kilos, en se plaçant au milieu et en prenant un rail de chaque main. Les rails sont rivés sur des traverses d’écartement espacées de 1,25 m et formées par une bande de fer plat de 8 centimètres de largeur sur 4 mm d’épaisseur. La jonction des voies se fait sans chevillette ni boulon, en posant simplement des travées au bout l’une de l’autre. L’une des bouts, appelé « bout mâle », est armé d’éclisses rivées sur un seul côté du rail. En poussant ce bout mâle sous le champignon du rail déjà en place appelé « bout femelle », on obtient une solidité telle que le voie peut être soulevée en entier sans que la jonction se détruise. Ce petit chemin de fer est donc aussi portatif que possible, puisqu’il peut se monter et se démonter instantanément sans l’aide d’aucun outil.

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Détail des différents modèles de traverses sur l’extrémité « femelle ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMarquages sur l’âme du rail sur ce coupon produit vers 1880.

La première jonction des rails se composait d’un bout mâle et d’un bout femelle et rendait les courbes non retournables, il y avait donc des courbes droite et des courbes gauche. Ce problème avait été réglé par la création de la » voie hybride » ainsi appelée, car chaque bout de voie était à la fois mâle et femelle. Le rail de droite se terminant par une jonction mâle et celui de gauche par une jonction femelle. Ce nouveau système avait l’avantage d’être aussi solide que le précédent et même économique, car chaque courbe pouvait servir indifféremment dans la direction de droite ou de gauche.

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OLYMPUS DIGITAL CAMERAExtrémité des nouvelles voies hybrides et détail des marquages sur l’âme du rail.

Le passage à niveau.

Pour éviter l’encastrement de la voie portative ou de démonter la voie lors du passage de chariots, il est préférable de faire usage du passage à niveau portatif. Il est formé par des madriers de chêne boulonnés sur les traverses d’écartement et sur leur prolongement à 25 centimètres de chaque côté de la voie. Ce passage à niveau portatif pèse 25 kilos au mètre. On le construit par travées de 2,5 m  et de 1,25 m de longueur, de façon à suivre rigoureusement le bombement des routes.

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Le dérailleur.

Le dérailleur permet de brancher instantanément une voie auxiliaire sur une voie existante sans la couper.

 

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Plaque tournante.

La diversifications des plaques tournantes et des plaques de ripage chez Decauville est déjà importante au début des années 1880, comme l’écartement, le guidage en rotation (galets ou frottement), l’empattement, la charge etc…

La première plaque tournante des établissements Decauville permet de tourner les wagonnets à angle droit ou de les retourner avec une grande simplicité. La plaque tournante se pose sur le sol sans cuve en faisant simplement, si le sol est très dur, quatre petits trous de 5 centimètres de profondeur aux places que doivent occuper les galets. Les voies se coupent à angle droit sur la plaque, et les amorces des voies, aux quatre côtés se composent d’un bout mâle pour faire la jonction avec la voie déjà posée, et de trois bout femelles pour le départ des autres voies. Les verrous fixés de chaque côté de la plaque pour l’arrêter servent en même temps de poignées pour la changer de place. Cette plaque pèse 80 Kilos, elle est aussi portative que les autres voies du Porteur. Ce modèle a disparu avec la mise en place de la voie hybride, l’inconvénient majeure de cette plaque était l’emplacement des galets, ils ne permettaient pas une pose de plein pied sur un sol dur sans modification.

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P1080165Plaque tournante N°1.

Pièces diverses entre 1880 et 1900

 

Afin de faciliter la circulation dans les courbes, certains wagonnets avaient reçu des essieux avec une roue fixe d’un côté verrouillée par une goupille et une roue mobile avec une butée pour le guidage.

La roue « mobile » sur l’essieu d’un type 20.

Source:

Roger Bailly: Decauville, ce nom qui fit le tour du monde.

Catalogue Decauville d’Août 1883.

La Mécanique agricole de Mars 1877.

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